Compositions

De mon creuset

Clash d’un moderne antique

Ego trip en claquant la porte des forums littéraires. I De numériques ostracons Sont lapidés mes pseudonymes. Être hué par des chicons Et des prévôts pusillanimes Montre que l’air contemporain Donne du souffle aux médiocres ! Lorsque, unanimement serin, Piaille un peuple de piocres, Idoine est d’étouffer le droit De vote et la démocrassie, Tant dérisoire est ce que croit...

Canicule

L’âme se cherche un véhicule. Il n’y a plus d’art dans l’éther. Le ciel que peint la canicule Est un monochrome sans chair. Écran d’humeur vitrioleuse, L’horizon bout comme un alcool Vacant, sans fresque nébuleuse Propice à l’onirique envol. Comment s’ailer d’ivres images Privé des sublimations Qu’épanouissent les nuages Pleins de...

Le Sauvage

Puisque je ne suis plus que la griffe d’un nerf, Bas ressort animal qu’un rien crispe à tout fendre ; Puisque je me hérisse aux ruses d’un mot tendre, Et qu’un soupçon de miel me change en fauve amer, Je vous épargnerai les grognes de mon flair, Que jamais n’ont floué les sucres du mensonge. Mon cœur a le dégoût d’ouïr l’ombre qui ronge, Et mon âme a le...

Dimanches d’hiver

Ah ! Qu’ils sont mornes et redoutés ces dimanches Où mon angoisse fait son nid, Et couve cramponnée aux deux noueuses branches Que sont la tristesse et l’ennui. Les frimas ont réduit en maigres silhouettes Le chêne, l’orme et le sureau Qui, lugubrement nus, exhibent leurs squelettes Glorifiant l’hiver bourreau. À mon œil que pénètre un ton de sépulture, Où qu’il se...

Les scarabées fatals

Gros insectes fusant sur vos moignons de gomme Râpeuse, vous chargez de flots infectieux La rue où votre essaim déflagrateur va comme Un cancer dans la veine où rogne un sang pouilleux. Toussoteux charançons, votre embolie assomme La ville dont le cœur de grouillements houilleux Résonne et s’enténèbre, alors qu’au loin la somme De vos exhalaisons va nécrosant les cieux...

Nos Vestiges

Te souvient-il de ces beaux jours ? Nous écoutions les ritournelles D’oiseaux qui chantaient : « Vos amours Sont éternelles ! » Rappelle-toi, c’était juillet, Quand nous vivions du même songe, Quand notre lit ne s’ennuyait D’aucun mensonge. À peine éclos d’un rêve exquis, Baignés de lunaire légende, Nos corps flottaient, comme alanguis De lait d’amande. Bien...

Le Gourdin et le Fleuret

Voici que le gourdin primitif et roncier Invite le fleuret à quelques passes d’armes, Trop fruste pour saisir que ce profil princier N’est en rien comparable à sa lourdeur sans charmes. L’adversaire n’étant qu’un drôle roturier Assuré qu’une bûche assomme d’éloquence ; Qui, montrant tout d’un nœud de souche sans laurier, Ignore de sa gent...

Le Flétrisseur

Je fus charnellement doué d’un feu maudit ; Je suis l’Élu brillant d’une lumière noire. Chaque fois que j’éclaire une fleur elle dit : « Comment s’épanouir sous ton amère moire ? » Le grand Lys me dédaigne et la Rose me fuit, Et jamais je ne peux à leurs calices boire Ce philtre qui serait un remède à la nuit Que diffuse à regret ma chair expiatoire. Je ne suis...

Je suis debout !

Si l’espèce, fuyant la vastité troublante, Au courage hérité d’une taupe tremblante, Va s’enterrer dans le tabou Pour aveugle échapper au gouffre de l’espace, Je fixe l’infini… Je suis debout ! Si le frisson fatal s’abat, tel un rapace, Lorsqu’en juge nuiteux, me dénudant me glace Le sage œil rouge du hibou Rappelant que la chair est promise aux...

Œuvres marines

Mer ineffable, hydre à l’humeur toujours mouvante, Combien de galions ton ire fit radeaux ? Combien d’espoirs marins privés d’eldorados Par une écume encline aux rages d’épouvante ? Cruelle, brises-tu les bercements à dos De vagues étirant ton échine séante Par l’orageux retour d’une gueule béante À seule fin d’offrande aux appétits hadaux ? N’es-tu...

Soleil !

Je vis comme ivre de lumière Et d’allégresse printanière Depuis ce jour béni d’avril Où tu survins, clarté sublime Qui changerait un cacochyme En souple et sémillant pistil ! Chaque cellule de ma fibre S’ouvre à tes largesses, et vibre D’espoir, ô prisme de bontés ! Terme à l’ennui, remède aux doutes, Source de foi dissipant toutes Mes hivernales volontés ! Je...

De la moralité des volcans

La nuit frémit, les cœurs sont secoués : un gouffre Commence d’agiter ses graves profondeurs, Et des fronts cotonneux adeptes de tiédeurs Va fondre le confort la bouche où bout le soufre. La pensée impuissante y voit l’art de l’Enfer ! Ni les fièvres du feu, ni les ardeurs du fer, Quoiqu’elles peignent un martyre, N’attisent contre nous de monstrueux griefs, Ni ne...

Révélation

J’avais chu dans l’encens des fausses aphrodites ; Et toi, bu tout le vin des apollons trompeurs. N’ayant reçu du ciel que des amours maudites, Chacun n’habitait plus qu’un temple de torpeurs. Ton cœur était figé comme un œillet dans l’ambre ; La porte de ton nid, fermée à double tour. Pour toi, nature en gel, c’était toujours décembre, Mois...

Toussez printemps ! (poison d’avril)

Paris comme en apnée, éteint ; cité lumière Vidée en plein soleil par un éternuement Grippant d’un bout à l’autre un monde fourmilière Que sa fièvre a conduit au moindre mouvement. Il flotte dans la rue un air de cimetière ; L’envahisseur fantôme attend qu’en le humant Un corps hospitalier lui serve de chaumière Où faire ses petits jusqu’à l’étouffement...

Les bourdons maudits

Emplissant d’épineux nectar notre citrouille, Nous bouillons d’y mûrir l’alcool des grands esprits ; Mais troubles butineurs au flair prisant la drouille, Nous avons bu pour lys de vieux chardons aigris. Alambic corrompu, notre âme se barbouille Et croit faire un vin d’or avec des sucres gris. Chauds d’un magma qui sent la fièvre de gargouille, Nos crânes étuvés...

Pour un divorce

I J’aurais cru sans mal pouvoir mépriser Ton corps sec venu rougir à mes lèvres, Tant m’ennuagea ton brûlant baiser De sinistres fièvres. C’était sans compter le goût pour la mort Dont m’enorgueillit ce fumeux vertige, Comme un pur flambeur consumant le sort Se sent du prestige. « Pourquoi m’interdire un signe viril ? » Me gonflais-je, à l’âge où bout...

Impuissance

Un gazouillis d’enfant (moins homme que mésange), Voix d’un âge où l’on est encore à peu près ange, Désembua mon œil des brumes du vieux parc. Je vis, suivant le vol de traits imaginaires, Un vaillant chérubin, muni d’un semblant d’arc, Anéantir l’essaim des monstres millénaires. Va ! justicier léger, profite du poitrail Qu’un souffle sans fêlure élève à...

L’infidèle

À un « ami » « catholique » Dévot de la débauche aux saintes attitudes, D’avoir pris en ton miel impur mille âmes prudes, Jouis en tapinois. Quand succombe une oiselle en tes gluantes ruses, Il n’y a guère que les cieux que tu n’abuses… Ô lubrique sournois ! Tu révères la croix qui domine le Tibre, Coupable de confondre avec ton morne chibre La crucifixion. Pieux...

Arachnophilie

Lilith ! fais mon bonheur, hais-moi d’un cœur cinglant ! Mais ne m’inflige point ta vierge indifférence. Abats sur moi le fouet du vœu le plus sanglant : Que ta faim soit ma fin, et ta fièvre ma transe ! Je n’ai de pulsion maîtresse qu’assouvir Ta volonté de me soumettre dans la soie À l’instinct venimeux conçu pour me ravir ! Puisse un feu cannibale...

La fin des hostilités

Tout est calme à présent. Le Mal n’a plus de feu. Le cœur dort sans remous ; l’œil fixe une eau profonde ; L’âme libre, déjà colombe, vagabonde Et remet son destin au pur infini bleu. Soulagé que ton poids s’efface en douceur d’aile Et que l’ombre se taise après d’affreux crachats, Ô Chair, dont la chaleur fuyante ouvre aux rachats, Je songe aux seuls...

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