Compositions

Poèmes de mon creuset

Le Flétrisseur

Je fus charnellement doué d’un feu maudit ; Je suis l’Élu brillant d’une lumière noire. Chaque fois que j’éclaire une fleur elle dit : « Comment s’épanouir sous ton amère moire ? » Le grand Lys me dédaigne et la Rose me fuit, Et jamais je ne peux à leurs calices boire Ce philtre qui serait un remède à la nuit Que diffuse à regret ma chair expiatoire. Je ne suis...

Je suis debout !

Si l’espèce, fuyant la vastité troublante, Au courage hérité d’une taupe tremblante, Va se blottir au fond d’un trou Pour aveugle échapper au gouffre de l’espace, Je fixe l’infini… Je suis debout ! Si le frisson fatal s’abat, tel un rapace, Lorsqu’en juge nuiteux, me dénudant me glace Le sage œil rouge du hibou Rappelant que la chair est promise aux...

Œuvres marines

Mer ineffable, artiste et grave hydre mouvante, Combien de galions ton ire fit radeaux ? Combien d’espoirs marins privés d’eldorados Par une écume encline aux œuvres d’épouvante ? Pourquoi briser les vœux de périples à dos De vagues déroulant ton échine servante Par l’orageux retour d’une gueule fervente Que somment d’engloutir tes appétits hadaux ? Un rêveur à...

Soleil !

Je vis comme ivre de lumière Et d’allégresse printanière Depuis ce jour divin d’avril Où tu survins, clarté sublime Qui changerait un cacochyme En souple et sémillant pistil ! Chaque cellule de ma fibre S’ouvre à tes largesses, et vibre D’espoir, ô prisme de bontés ! Terme à l’ennui, remède aux doutes, Source de foi dissipant toutes Mes hivernales volontés ! Je...

De la moralité des volcans

La nuit frémit ; les cœurs sont secoués… Un gouffre Commence d’agiter ses graves profondeurs, Et des fronts cotonneux qui rêvent de tiédeurs Va fondre les espoirs la bouche où bout le soufre. La pensée impuissante y voit l’art de l’Enfer ! Ni les fièvres du feu, ni les ardeurs du fer, Quoiqu’elles peignent un martyre, Ne fondent contre nous de monstrueux griefs...

Le Cactus

Tel épiderme antipathique, Cactus de pointes recouvert, Pour un cœur tendre ayant souffert, N’est qu’un écrin prophylactique. L’être en son intimité plein D’un sang laiteux montre peau dure Pour éloigner de sa verdure Les vampirismes du vilain. Doux écorché que la soif ride, Nu dans la destinée aride Ne peignant d’ombre que vautour, Trouve en semblable solitaire...

Révélation

J’avais chu dans l’encens des fausses aphrodites ; Et toi, bu tout le vin des apollons trompeurs. N’ayant reçu du ciel que des amours maudites, Chacun n’habitait plus qu’un temple de torpeurs. Ton cœur était figé comme un œillet dans l’ambre ; La porte de ton nid, fermée à double tour. Pour toi, nature en gel, c’était toujours décembre, Mois...

Toussez printemps ! (poison d’avril)

Paris comme en apnée, éteint ; cité lumière Vidée en plein soleil par un éternuement Grippant d’un bout à l’autre un monde fourmilière Que sa fièvre a conduit au moindre mouvement. Il flotte dans la rue un air de cimetière ; L’envahisseur fantôme attend qu’en le humant Un corps hospitalier lui serve de chaumière Où faire ses petits jusqu’à l’étouffement...

Les bourdons maudits

Emplissant d’épineux nectar notre citrouille, Nous bouillons d’y mûrir le suc des grands esprits ; Mais troubles mélangeurs de l’or et de la pouille, Nous avons bu pour lys de vieux chardons flétris. Butineurs condamnés à récolter la drouille Par un flair de chimère éclose aux ronciers gris, En vassaux d’un Pégase à tête de gargouille, Nous prenons pour trésor tous...

Amour céleste

Lui qui dessille en dieu vermeil Toute paupière d’horizon, Œil en perpétuel éveil Dont chaque cil est un tison, Jamais il n’a paru si fier, Seigneur à l’aube d’un grand jour, De caresser d’ambre et d’or clair Le globe-monde au bleu pourtour. Aïeule aux rêves d’ingénue, Nocturne soie aux charmes sages, Laiteux miroir dans l’ombre nue Et phare obscur...

Pour un divorce

I J’aurais cru sans mal pouvoir mépriser Ton corps sec venu rougir à mes lèvres, Tant m’ennuagea ton brûlant baiser De sinistres fièvres. C’était sans compter le goût pour la mort Dont m’enorgueillit ce fumeux vertige, Comme un pur flambeur consumant le sort Se sent du prestige. « Pourquoi m’interdire un signe viril ? » Me gonflais-je, à l’âge où bout...

Impuissance

Un gazouillis d’enfant (moins homme que mésange), Voix d’un âge où l’on a le sérieux d’un ange, Désembua mon œil des ombres du vieux parc. Je vis, triomphateur aux forces délicates, Sourire un petit homme, armé d’un semblant d’arc, D’avoir occis l’essaim des âmes scélérates. Va ! justicier léger, profite du poitrail Qu’un souffle pur encore...

L’infidèle

À un « ami » « catholique » Dévot de la débauche aux saintes attitudes, D’avoir pris en ton miel impur mille âmes prudes, Jouis en tapinois. Quand chute une colombe en tes gluantes ruses, Il n’y a guère que les cieux que tu n’abuses… Ô lubrique sournois ! Tu révères la croix qui domine le Tibre, Coupable de confondre avec ton morne chibre La crucifixion. Pieux devant...

Arachnophilie

Lilith ! pour tout bonheur, hais-moi d’un cœur cinglant ! Mais ne m’inflige point ta vierge indifférence. Abats sur moi le fouet du vœu le plus sanglant : Que ta faim soit ma fin, et ta fièvre ma transe ! Je n’ai de pulsion maîtresse qu’assouvir Ta volonté de me soumettre dans la soie À l’instinct venimeux conçu pour mon soupir. Plaise au feu dévorant...

Vers d’un torchecul

Certains ont des vers au cul, d’autres à la bouche… Cette escarmouche poétique Porte des pointes féminines : Dûment botter l’honneur étique Se fait à coups de ballerines ! Je viens défroquer les faux prêtres Dont la langue abonde en ouate, Car c’est le stigmate des traîtres De ne s’exprimer qu’à voix moite. Leur coule tant de miel des lèvres Qu’ils...

La fin des hostilités

Tout est calme à présent. Le Mal s’est retiré. L’âme haute a rejoint l’éther des outre-mondes ; Le cœur n’a plus gémi depuis quelques secondes, Et l’ultime démon vient d’être expectoré. Soulagé que ton poids s’efface en douceur d’aile Et que l’ombre se taise après d’affreux crachats, En dépit d’une vie où tu me détachas De ta...

L’Argent

Un progrès inverse A fait du commerce Le suprême agent. Nulle âme venue N’atteindra la nue Sans l’esprit marchand ; Sur toute acropole Prévaut la parole D’un seul dieu : l’Argent ! Ses prêtres fidèles, De leurs citadelles D’ivoire et d’acier, Où nul ne pénètre S’il n’œuvre à repaître L’autel financier, Font le monde esclave Des crises que bave...

Insomnie paranoïde

Les soirs où l’opium d’Hypnos feint menacer De m’enfouir dans la ténèbre sarcophage, Mon cœur, grave tambour d’angoisse en plein naufrage, Me presse d’avoir l’Ombre à l’œil, ou m’effacer. Le noir profond m’imprime un masque mortuaire ; Je le sens désireux de fondre mes tissus, Et je crains, m’évidant comme un pochoir diffus...

Le jour du mort

I Vous, le prostré dont le regard se brise Sur les arêtes d’un cercueil ; Pour qui le cimetière est la mer grise Où chaque stèle est un écueil ; Qui, naufragé des eaux de la tristesse, S’est isolé sur un îlot Que l’esprit a bâti dans sa détresse Sur les écumes du sanglot ; Que le deuil enveloppe, au point que l’ange, Posant son doigt sur votre exil...

Stances du cynique ou Diogène parle

Vous me flairez de loin, prudents, Craignant la morsure… Aux tartuffes, Je n’ai jamais montré les dents, Sinon pour rire de leurs truffes ! Mieux vaut pour vous garder la cour Que de risquer loin de la niche Couiner d’ouïr quel désamour Je porte au décorum caniche. Cabots du Bien, du Beau, du Vrai, Sous la doublure, quelle étoffe De fausseté je froisserai En aboyant mon...

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