Compositions

De mon creuset

Paresse

Ô Paresse inépuisable ! Que de fois m’as-tu conté Comment, d’une voix de sable, Mettre au lit la volonté. Ma fierté s’offre à l’abîme Quand ta douceur de serpent Me susurre : « Aucune cime Ne t’appelle, beau rampant. » Je me love et fuis l’air rude Des chantres de la hauteur. Leur désir a l’altitude ; Mon rêve a la profondeur. As-tu jamais pris pour...

Clash d’un moderne antique

Ego trip en claquant la porte des forums littéraires. I De numériques ostracons Sont lapidés mes pseudonymes. Être hué par des chicons Et des prévôts pusillanimes Montre que l’air contemporain Donne du souffle aux médiocres ! Lorsque, unanimement serin, Piaille un peuple de piocres, Idoine est d’étouffer le droit De vote et la démocrassie, Tant dérisoire est ce que croit...

L’arbre pâle

Vois cet arbre défait, sa forme humiliée, Ce tronc perclus de nœuds au flegme de pendu, Et comme sa racine est recroquevillée Où siège un mendiant par la froideur mordu. Il vit dans l’ombre de la ville éblouissante. Un dédain minéral neutralisant l’été Le réduit, figurant de la rumeur passante, À pâlir en totem de l’être déserté. S’éclipsent les regards et se vissent les...

Canicule

L’âme se cherche un véhicule. Il n’y a plus d’art dans l’éther. Le ciel que peint la canicule Est un monochrome sans chair. Écran d’humeur vitrioleuse, L’horizon bout comme un alcool Vacant, sans fresque nébuleuse Propice à l’onirique envol. Comment s’ailer d’ivres images Privé des sublimations Qu’épanouissent les nuages Pleins de...

Le Sauvage

Puisque je ne suis plus que la griffe d’un nerf, Bas ressort animal qu’un rien crispe à tout fendre ; Puisque je me hérisse aux ruses d’un mot tendre, Et qu’un soupçon de miel me change en fauve amer, Je vous épargnerai les grognes de mon flair, Que jamais n’ont floué les sucres du mensonge. Mon cœur a le dégoût d’ouïr l’ombre qui ronge, Et mon âme a le...

Gourmandise

Un ogre aux mille fourchettes Invitait dans son palais D’effrénés valseurs d’assiettes À de gloutonneux ballets. Signe noir de ces soirées Orgiaques, maints fourneaux Engorgeaient d’humeurs poivrées Et de charbons infernaux Une cheminée altière Recrachant sur l’horizon La ténèbre carnassière Des bûchers de la raison ! Déferlaient de baveux groupes Ameutés par le...

Dimanches d’hiver

Ah ! Qu’ils sont mornes et redoutés ces dimanches Où mon angoisse fait son nid, Et couve cramponnée aux deux noueuses branches Que sont la tristesse et l’ennui. Les frimas ont réduit en maigres silhouettes Le chêne, l’orme et le sureau Qui, lugubrement nus, exhibent leurs squelettes Glorifiant l’hiver bourreau. À mon œil que pénètre un ton de sépulture, Où qu’il se...

Le Gourdin et le Fleuret

Voici que le gourdin primitif et roncier Invite le fleuret à quelques passes d’armes, Trop fruste pour saisir que ce profil princier N’est en rien comparable à sa lourdeur sans charmes. L’adversaire n’étant qu’un drôle roturier Assuré qu’une bûche assomme d’éloquence ; Qui, montrant tout d’un nœud de souche sans laurier, Ignore de sa gent...

Le Flétrisseur

Je fus charnellement doué d’un feu maudit ; Je suis l’Élu brillant d’une lumière noire. Chaque fois que j’éclaire une fleur elle dit : « Comment s’épanouir sous ton amère moire ? » Le grand Lys me dédaigne et la Rose me fuit, Et jamais je ne peux à leurs calices boire Ce philtre qui serait un remède à la nuit Que diffuse à regret ma chair expiatoire. Je ne suis...

Œuvres marines

Mer ineffable, hydre à l’humeur toujours mouvante, Combien de galions ton ire fit radeaux ? Combien d’espoirs marins privés d’eldorados Par une écume encline aux rages d’épouvante ? Cruelle, brises-tu les bercements à dos De vagues étirant ton échine séante Par l’orageux retour d’une gueule béante À seule fin d’offrande aux appétits hadaux ? N’es-tu...

Soleil !

Je vis comme ivre de lumière Et d’allégresse printanière Depuis ce jour béni d’avril Où tu survins, clarté sublime Qui changerait un cacochyme En souple et sémillant pistil ! Chaque cellule de ma fibre S’ouvre à tes largesses, et vibre D’espoir, ô prisme de bontés ! Terme à l’ennui, remède aux doutes, Source de foi dissipant toutes Mes hivernales volontés ! Je...

Le Cactus

Ton épiderme antipathique, Cactus épuisant le désert Où se convoite le sang vert, En est l’écrin prophylactique. Ton cœur laiteux, sous les cagnards Cruels, hérisse un cuir hostile Où s’édentent la faim reptile Comme les rictus charognards. Et l’écorché que la soif ride, Cible d’un soleil apatride N’écaillant d’ombre que vautour, Trouve en semblable solitaire...

Toussez printemps ! (poison d’avril)

Paris comme en apnée, éteint ; cité lumière Vidée en plein soleil par un éternuement Grippant d’un bout à l’autre un monde fourmilière Que sa fièvre a conduit au moindre mouvement. Il flotte dans la rue un air de cimetière ; L’envahisseur fantôme attend qu’en le humant Un corps hospitalier lui serve de chaumière Où faire ses petits jusqu’à l’étouffement...

Les bourdons maudits

Emplissant d’épineux nectar notre citrouille, Nous bouillons d’y mûrir l’alcool des grands esprits ; Mais troubles butineurs au flair prisant la drouille, Nous avons bu pour lys de vieux chardons aigris. Alambic corrompu, notre âme se barbouille Et croit faire un vin d’or avec des sucres gris. Chauds d’un magma qui sent la fièvre de gargouille, Nos crânes étuvés...

Pour un divorce

I J’aurais cru sans mal pouvoir mépriser Ton corps sec venu rougir à mes lèvres, Tant m’ennuagea ton brûlant baiser De sinistres fièvres. C’était sans compter le goût pour la mort Dont m’enorgueillit ce fumeux vertige, Comme un pur flambeur consumant le sort Se sent du prestige. « Pourquoi m’interdire un signe viril ? » Me gonflais-je, à l’âge où bout...

Impuissance

Un gazouillis d’enfant (moins homme que mésange), Voix d’un âge où l’on est encore à peu près ange, Désembua mon œil des brumes du vieux parc. Je vis, suivant le vol de traits imaginaires, Un vaillant chérubin, muni d’un semblant d’arc, Triompher de l’essaim des ombres sanguinaires. Va ! justicier léger, profite du poitrail Qu’un souffle sans fêlure élève...

L’infidèle

À un ami « catholique » Dévot de la débauche aux saintes attitudes, D’avoir tiré ton miel impur des roses prudes, Jouis en tapinois. Quand sombre une tendresse en tes gluantes ruses, Les cieux dardent le seul regard que tu n’abuses… Ô lubrique minois ! Tu révères la croix qui domine le Tibre, Y projetant la gloire auguste de ton chibre En pleine ascension ! Pieux devant...

Arachnophilie

Lilith ! fais mon bonheur, hais-moi d’un cœur cinglant ! Mais ne m’inflige point ta vierge indifférence. Abats sur moi le fouet du vœu le plus sanglant : Que ta faim soit ma fin, et ta fièvre ma transe ! Je n’ai de pulsion maîtresse qu’assouvir Ta volonté de me soumettre dans la soie À l’instinct venimeux conçu pour me ravir ! Puisse un feu cannibale...

La fin des hostilités

Tout est calme à présent. Le Mal n’a plus de feu. Le cœur dort sans remous ; l’œil fixe une eau profonde ; L’âme libre, déjà colombe, vagabonde Et remet son destin au pur infini bleu. Soulagé que ton poids s’efface en douceur d’aile Et que l’ombre se taise après d’affreux crachats, Ô Chair, dont la chaleur fuyante ouvre aux rachats, Je songe aux seuls...

Insomnie paranoïde

Les soirs où l’opium d’Hypnos, mol assassin, Peint m’enfouir dans la ténèbre sarcophage, L’instinct, phare perçant les sables d’un naufrage, M’intime d’avoir l’Ombre à l’œil jusqu’à sa fin. Le noir profond m’imprime un masque mortuaire. Je le sens désireux de fondre mes tissus ; Et je crains, m’évidant comme un pochoir...

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