Expériences pratiques

E

Quelques conseils succincts pour mieux appréhender la poésie versifiée.

Commencez par vous renseigner sur l’histoire et les règles de la versification auprès de sources fiables, telles que la page du site édtudes-littéraires.com qui s’y consacre, l’essai universitaire La versification appliquée aux textes de Michèle Aquien, ou encore la chaîne Youtube L’Arche animée par Aurélien Clause. Malheureusement, dans le registre poétique, l’immense majorité des coachs en écriture et autres pseudo experts qui officient sur les blogs et forums dits littéraires, ainsi que la plupart des professeurs de français dispensant des cours en ligne répandent, non sans afficher une trompeuse assurance, sinon de grossières âneries, au moins de fâcheuses imprécisions.

Une fois correctement familiarisé avec les règles, lisez ou relisez les grands poètes en vous attachant à respecter la prosodie ; mais plus que les lire, vous devez les dire, pratiquer la lecture à voix haute, ou ne serait-ce que murmurante, afin de sensibiliser l’oreille et l’appareil buccal à la musique des vers. Considérez chaque vers avant tout comme une phrase rythmico-mélodique autonome qui a la rime pour pointe et les syntagmes pour coupes internes. Le but n’est pas de savoir compter les syllabes et de les ânonner comme un bon petit élève, mais de déchiffrer les vers avec aisance pour mieux les entendre chanter à travers soi. Bien des déclamateurs articulent les poèmes plus ou moins comme de la prose, au point que rythmes et rimes s’en trouvent parfois inaudibles : rien de plus absurde (au sens étymologique du terme), et contraire à la notion de vers — même quand cela est fait avec une sincère gourmandise et un indéniable talent d’acteur (cf. Luchini).

Apprenez des poèmes par cœur, non dans une optique scolaire, mais, comme l’indique originellement l’expression, parce que vous les aimez. Répétez-les jusqu’à les faire vôtres ; imprégnez-vous de leurs rythmes et résonances pour vous en approprier la mécanique ondulatoire ; délectez-vous-en comme d’une nourriture spirituelle ; ouvrez l’oreille de votre esprit à leurs voix intérieures jusqu’à l’intime assimilation de leur substance : vous enrichirez et affinerez considérablement votre perception des ressorts logiques et psycho-physiques du langage pulsé qu’est la poésie. Appliquer cette recommandation, c’est jouir plus intensément de cet art, intégrer par induction des rythmes rhétoriques propres à la poésie et féconder l’esprit de pensée musicale.

À qui souhaite composer des vers, je conseille avant toute chose de la rigueur et de la persévérance, d’imiter en cela les maîtres que vous vous serez choisis, et de ne jamais céder aux sirènes des fats qui pullulent sur la toile, prêts à bénir éhontément la moindre insignifiance pour qu’en retour vous consacriez la leur. Ce ne sera jamais faire honneur à la poésie que de la traiter en faire-valoir dégradé par manque de souffle et d’ambition : ce n’est pas à elle de descendre à nous, mais à nous de monter à elle. Sans prétendre être moi-même en mesure de ne jamais effleurer les sommets atteints par les deux maîtres indépassables que sont pour moi Victor Hugo et Paul Valéry, je considère frauduleux et détestablement démagogique d’affirmer que tout homme est artiste ou que tout le monde serait poète. Je suis néanmoins convaincu que pratiquer la versification est pour quiconque une activité édifiante, et j’encourage ainsi chacune et chacun se sentant quelque affinité élective avec ce médium à s’y essayer, car il serait fort dommage que maints esprits à haut potentiel poétique demeurent à l’état dormant dans un monde qui a plus que jamais besoin d’être sublimé par leurs voix.

Si vous avez des questions ou souhaitez que j’apporte des précisions, n’hésitez pas à me solliciter via la boîte de contact à votre disposition.

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