Canicule

C



L’âme se cherche un véhicule.
Il n’y a plus d’art dans l’éther.
Le ciel que peint la canicule
Est un monochrome sans chair.

Écran d’humeur vitrioleuse,
L’horizon bout comme un alcool
Vacant, sans vape fabuleuse
Propice au poétique envol.

Comment s’ailer d’ivres images
Privé de l’inspiration
Qu’épanouissent les nuages
Toujours en transformation ?

En ce pesant désert céleste,
Plafond d’un infini cachot
Sans autre espoir, trappe funeste,
D’évasion que l’échafaud,

Nul soupir qui n’enfle en colombe,
Plus une extase à déployer :
Tout est captif du vide, et plombe
L’inextinguible œil du geôlier.

L’astre divin qui nuit sans trêve
Éveille au paradoxe obscur
Qu’on peine à transpirer du rêve
Surétuvé d’or et d’azur.

Se déshydratent les idées
Sans les orages incertains ;
Et nos méninges sont ridées
Comme les fleurs de nos jardins.

Trop de soleil éteint ; du ciel
La page toute bleue ennuie…
Reviens ! grimoire essentiel
Des mouvants pourvoyeurs de pluie !


À propos de l'auteur

Julien Albessard

Misanthrope humaniste, atrabilaire joyeux, rêveur rationnel, insulaire sociable et enthousiaste résigné, comme tout le monde, je ne suis comme personne.

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