Dimanches d’hiver

D


Ah ! Qu’ils sont mornes et redoutés ces dimanches
Où mon angoisse fait son nid,
Et couve cramponnée aux deux noueuses branches
Que sont la tristesse et l’ennui.

Les frimas ont réduit en mortes silhouettes
Le chêne, l’orme et le sureau
Qui, lugubrement nus, exhibent leurs squelettes
Glorifiant l’hiver bourreau.

À mon œil que pénètre un ton de sépulture,
Où qu’il se fasse regardeur,
Tout carreau semble un cadre offert à la peinture
Du plus sinistre créateur.

Quel démiurge en berne aux pluvieux méninges,
Empesé de songes aigris,
Du céleste coton a fait d’immenses linges
Où s’est épongé son front gris ?

Le temps s’est endeuillé ; le monde est sans horloge.
Couvert d’un crêpe décati,
Aveugle, tout cadran solaire s’interroge :
« Où gît le maître de midi ? »

Infusant du rayon malade, la nuée
Suinte un marasme d’hôpital,
Et, comme l’horizon, mon âme est engluée
Dans le pressentiment fatal.

L’agonie est sans fin. Goutte à goutte m’emplâtre
Une spectrale ubiquité.
Préférable est la nuit au jour acariâtre
Égal en blême obscurité.

Au plafond décrépit de ma pensée humide,
Grouillent un millier de cafards
Qui, m’offrant de leur goût le spectacle putride,
Font repas de mes cauchemars !

Me fixent leurs yeux verts, malsaines émeraudes
Luisant d’un bel éclat moqueur :
Tu resplendis ! rampante Angoisse qui maraudes,
Guettant les failles de mon cœur…

Je voudrais être un mur emmitouflé de lierres,
Imperméable au tremblement,
M’approprier sans mal la sagesse des pierres
Qui dorment inflexiblement.

Mais je vis sous le joug d’un monstre qui me courbe,
M’enchaîne et me jette à genoux ;
Aux ordres du Tourment, je plonge dans la tourbe
Et m’abandonne à maints remous.

Frisson universel… Silencieuse pluie…
Une lumière de caveau
Infiltre ma raison… Se peut-il que je fuie
La mort qui hante mon cerveau ?


À propos de l'auteur

Julien Albessard

Misanthrope humaniste, atrabilaire joyeux, rêveur rationnel, insulaire sociable et enthousiaste résigné, comme tout le monde, je ne suis comme personne.

2 Commentaires

  • Magnifique, redoutable, j’en suis aussi et voudrais ne tant pas en être.
    C’est comme le jazz : sans illusions et plein de vie.
    Très, très beau thème.

    • Eh oui ! Nous en sommes tous : nul n’échappe à la douloureuse conscience de l’inéluctable. Mais, paradoxalement, moins on relègue le fatum dans les limbes du déni, plus on trouve de goût et de sens à la vie.

      Merci pour ce commentaire laudateur.

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