De la moralité des volcans

D


La nuit frémit ; les cœurs sont secoués… Un gouffre
Commence d’agiter ses graves profondeurs,
Et des fronts cotonneux qui rêvent de tiédeurs
Va fondre les espoirs la bouche où bout le soufre.

La pensée impuissante y voit l’art de l’Enfer !
Ni les fièvres du feu, ni les ardeurs du fer,
Quoiqu’elles peignent un martyre,
Ne fondent contre nous de monstrueux griefs,
Ni n’ébauchent un plan vengeur sous leurs reliefs :
Les hommes seuls savent maudire !

Chaque être, fruit d’amour et graine de malheur,
Passe au monde en jouet d’un événement double :
Si tout débordement de vie enfante un trouble,
À tout chaos succède un vide créateur.

La montagne, où s’encombre une étouffante forge,
Refoule au ciel la cendre indisposant sa gorge :
Demain plus rien ne va pousser !
Les humains remués paniquent : « Cataclysme ! »
À l’oreille du roc, ce n’est qu’un gargarisme ;
La Terre s’apprête à tousser !

N’en déplaise aux faiseurs d’illusion morale !
Nul éfrit ennemi n’enrage l’élément,
Comme le vent n’écume aucun plaisir dément
S’il fouette l’onde à mordre en hydre sépulcrale.

Grimaçons de subir un vœu d’ogre irrité !
La planète ne va, sans nulle hostilité,
Que purifier la surface.
Elle exige du mont qu’il rende le trop plein
De sang fuligineux dont la veine se plaint,
Afin de dérider sa face !

Les pures visions jaillissent du tourment ;
Et s’indiffère la fournaise aristocrate
Qu’une haute brûlure effarouche la rate
Des corps inaptes à grandir de son ferment.

Ne se peut comparer la doucereuse bave
D’une outre melliflue avec la noble lave
Que libère un cratère altier.
La première est le suc d’un cœur mou, la seconde,
Par la vitalité de sa fureur féconde,
Oblige l’Homme à flamboyer !

À propos de l'auteur

Julien Albessard

Misanthrope humaniste, atrabilaire joyeux, rêveur rationnel, insulaire sociable et enthousiaste résigné, comme tout le monde, je ne suis comme personne.

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