Révélation

R


J’avais chu dans l’encens des fausses aphrodites ;
Et toi, bu tout le vin des apollons trompeurs.
N’ayant reçu du ciel que des amours maudites,
Chacun n’habitait plus qu’un temple de torpeurs.

Ton cœur était figé comme un œillet dans l’ambre ;
La porte de ton nid, fermée à double tour.
Pour toi, nature en gel, c’était toujours décembre,
Mois morne où nul oiseau n’entend faire la cour.

Solitaire nomade enténébré de doute,
Dont la marche semblait par une obscure loi
Conduite, ombre sans but, je poursuivais ma route
Tel un noir pèlerin dont s’égrène la foi…

Un soir où tu sondais l’éther à la fenêtre
Et confiais ta peine aux constellations,
Je vis, traînant par là mon nocturne mal-être,
La plus chère à mon cœur des scintillations :

D’avoir jeté la clé de ton journal intime
Au fond d’un puits de pleurs par l’oubli recouvert,
N’empêchait qu’en ton œil luisait l’espoir infime
De lire qu’en amour tu n’as pas que souffert.

Grisé par cet éclat, je bondis ! — Est-ce l’Astre
Pour lequel en souffrant je suis resté debout ?
Peut-être est-ce la fin d’un nébuleux désastre
Et que de mon tunnel fatal je vois le bout !

Aveugle à déclarer ma flamme en pleine lune,
J’apparus devant toi, miteux sortant du noir,
Sans même m’aviser qu’en ta prunelle brune
Ne brillait plus qu’un froid de foudre repoussoir.

Certain d’aller ravir la plus rêveuse perle
Après mille chemins de boue et de tourment,
Je me pris, emporté par un élan de merle,
À donner de la voix très romantiquement :

« Devenons l’un pour l’autre une raison de croire !
Conjurons de concert nos affres et douleurs !
Écrivons à deux mains l’harmonieuse histoire
Que nous jalouserons les âmes sans couleurs ! »

Tu ricanas, colombe atrocement superbe :
« Arrière ! troubadour au plumage affligeant !
Crois-tu que j’ai pour vœu de roucouler dans l’herbe
Et vivre de romance auprès d’un indigent ?! »

Voyant mordre mon cœur l’acide de ton rire,
Un sang humilié me dévorer le flanc,
La Lune, mille fois témoin de ce martyre,
En mère m’éclaira : « Naïf sans cheval blanc,

Reçois l’universel enseignement des contes :
La princesse jamais ne solde son bisou.
Fût-il cœur noble et riche en âme, sont peu promptes
Les belles à s’unir à l’homme sans-le-sou. »


À propos de l'auteur

Julien Albessard

Misanthrope humaniste, atrabilaire joyeux, rêveur rationnel, insulaire sociable et enthousiaste résigné, comme tout le monde, je ne suis comme personne.

3 Commentaires

    • Ce témoignage d’affection pour mes écrits me touche. Merci à toi de me lire et d’exprimer un sentiment si favorable.

  • Ça a toujours été le cas cher ami. Désolée pour la coquille dans mon message précédent. Au plaisir de recroiser ta plume 🙂

Archives

;)