Nos Vestiges

N


Te souviens-tu de ces beaux jours ?
Nous écoutions les ritournelles
D’oiseaux qui chantaient : « Vos amours
Sont éternelles ! »

Rappelle-toi, c’était juillet,
Quand nous vivions du même songe,
Quand notre lit ne s’ennuyait
D’aucun mensonge.

À peine éclos d’un rêve exquis,
Baignés de lunaire légende,
Nos corps flottaient, comme alanguis
De lait d’amande.

Bien des grogneurs semblaient jaloux,
Non de nos sublimes paresses,
Mais de voir s’attendrir les loups
Sur nos caresses.

Les draps espiègles du matin
Fondaient le nid où nos mélanges
Solaires causaient l’enfantin
Rire des anges !

Et si la poix faisait rempart
À l’azur source d’allégresse,
Nous savions fendre d’un regard
L’angoisse épaisse,

Trouvant, sous l’étuvant ciel noir
Aux orageuses prophéties,
Dans l’œil de l’autre le miroir
Des éclaircies.

Toujours vibrants, jamais troublés,
Faisant des foudres la cueillette,
Nous crépitions parmi les blés
Sous la tempête !

Mus par maints souffles musicaux
Dont se purifiaient nos fibres,
Épanouis coquelicots,
Nous dansions libres !

Quand, par nos pourpres adouci,
L’espoir en pleurs voyait le doute
Fondre, et les spectres du souci
Mis en déroute,

Son œil semblait nous célébrer
D’un arc-en-ciel, et nous promettre
Qu’il n’irait plus enténébrer
Notre fenêtre ;

Par cet iridescent décret,
Que, pure à débrouiller son prisme,
Notre union toujours vaincrait
L’ombre d’un schisme !

Ne se dressait d’autre avenir
Que notre inaltérable osmose,
Gravant nos vœux sur un menhir
Dans le soir rose.

Ivres, nos âmes s’élevaient
Sans craindre l’air d’un épilogue,
Tant maints soupirs nous concevaient
Si belle églogue !

Et nous montions ingénument,
Mêlés, s’enveloppant de soie,
Vers les sommets du firmament :
Ô douce joie !

Hélas ! tels les rêveurs légers
S’ennuageant d’infinitude
Volent aveugles aux dangers
De l’altitude,

Filant trop haut sur l’horizon,
Bientôt faillirait notre bulle :
Le vent ramène à la raison
Tout funambule…

Mais, vois, s’embellissent les cieux
Dès lors qu’un bonheur pur expire :
L’astre qui rit devant tes yeux
Fut notre empire !

Entends, je dédie un sanglot
À notre étoile nostalgique.
Souviens-toi, nous étions là-haut,
C’était magique !

Que le soir il m’arrive encor
D’appartenir à ta mémoire ;
Qu’avec mon nom ton front s’endort,
Je veux y croire.

Dis-moi que toi-même tu viens
La nuit te perdre en nos vestiges,
Et qu’au réveil tes yeux sont pleins
D’heureux vertiges.


À propos de l'auteur

Julien Albessard

Misanthrope humaniste, atrabilaire joyeux, rêveur rationnel, insulaire sociable et enthousiaste résigné, comme tout le monde, je ne suis comme personne.

Commentez

Archives

© contenu protégé ©