Le Syllaboratoire

Poésie & versification : pour une nouvelle renaissance contre la tradition avant-gardiste

Dernières publications

Ce qu’on dit au poète à propos de fleurs (Arthur Rimbaud)

à Monsieur Théodore de Banville I Ainsi, toujours, vers l’azur noir Où tremble la mer des topazes, Fonctionneront dans ton soir Les Lys, ces clystères d’extases ! À notre époque de sagous, Quand les Plantes sont travailleuses, Le Lys boira les bleus dégoûts Dans tes Proses religieuses ! — Le lys de monsieur de Kerdrel, Le Sonnet de mil huit cent trente, Le Lys qu’on donne au Ménestrel...

Les bourdons maudits

Emplissant d’épineux nectar notre citrouille, Nous bouillons d’y mûrir l’alcool des grands esprits ; Mais troubles butineurs au flair prisant la drouille, Nous avons bu pour lys de vieux chardons aigris. Alambic corrompu, notre âme se barbouille Et croit faire un vin d’or avec des sucres gris. Chauds d’un magma qui sent la fièvre de gargouille, Nos crânes étuvés...

Amour céleste

Lui qui dessille en dieu vermeil Toute paupière d’horizon, Œil en perpétuel éveil Dont chaque cil est un tison, Jamais il n’a paru si fier, Car, aujourd’hui, c’est le grand jour ! De caresser d’ambre et d’or clair Le globe-monde au bleu pourtour. Aïeule aux rêves d’ingénue, Nocturne soie aux charmes sages, Laiteux miroir dans l’ombre nue Et phare...

Pour un divorce

I J’aurais cru sans mal pouvoir mépriser Ton corps sec venu rougir à mes lèvres, Tant m’ennuagea ton brûlant baiser De sinistres fièvres. C’était sans compter le goût pour la mort Dont m’enorgueillit ce fumeux vertige, Comme un pur flambeur consumant le sort Se sent du prestige. « Pourquoi m’interdire un signe viril ? » Me gonflais-je, à l’âge où bout...

Renouveau (Stéphane Mallarmé)

Le printemps maladif a chassé tristement L’hiver, saison de l’art serein, l’hiver lucide, Et dans mon être à qui le sang morne préside L’impuissance s’étire en un long bâillement. Des crépuscules blancs tiédissent sous mon crâne Qu’un cercle de fer serre ainsi qu’un vieux tombeau Et, triste, j’erre après un rêve vague et beau, Par les champs où la sève immense se pavane Puis je tombe énervé de...

Impuissance

Un gazouillis d’enfant (moins homme que mésange), Voix d’un âge où l’on a le sérieux d’un ange, Désembua mon œil des ombres du vieux parc. Je vis, suivant le vol de flèches oniriques, Un vaillant chérubin, muni d’un semblant d’arc, Miner l’essaim nombreux des âmes maléfiques. Va ! justicier léger, profite du poitrail Qu’un souffle pur encore empêche...

L’infidèle

À un « ami » « catholique » Dévot de la débauche aux saintes attitudes, D’avoir pris en ton miel impur mille âmes prudes, Jouis en tapinois. Quand chute une colombe en tes gluantes ruses, Il n’y a guère que les cieux que tu n’abuses… Ô lubrique sournois ! Tu révères la croix qui domine le Tibre, Coupable de confondre avec ton morne chibre La crucifixion. Pieux devant...

Arachnophilie

Lilith ! pour tout bonheur, hais-moi d’un cœur cinglant ! Mais ne m’inflige point ta vierge indifférence. Abats sur moi le fouet du vœu le plus sanglant : Que ta faim soit ma fin, et ta fièvre ma transe ! Je n’ai de pulsion maîtresse qu’assouvir Ta volonté de me soumettre dans la soie À l’instinct venimeux conçu pour me ravir ! Plaise au feu dévorant...

Vers d’un torchecul

Certains ont des vers au cul, d’autres à la bouche… Cette escarmouche poétique Porte des pointes féminines : Dûment botter l’honneur étique Se fait à coups de ballerines ! Je viens défroquer les faux prêtres Dont la langue abonde en ouate, Car c’est le stigmate des traîtres De ne s’exprimer qu’à voix moite. Leur coule tant de miel des lèvres Qu’ils...

La fin des hostilités

Tout est calme à présent. Le Mal s’est retiré. L’âme haute a rejoint l’éther des outre-mondes ; Le cœur n’a plus gémi depuis quelques secondes, Et l’ultime démon vient d’être expectoré. Soulagé que ton poids s’efface en douceur d’aile Et que l’ombre se taise après d’affreux crachats, En dépit d’une vie où tu me détachas De ta...

L’Argent

Un progrès inverse A fait du commerce Le suprême agent. Nulle âme venue N’atteindra la nue Sans l’esprit marchand ; Sur toute acropole Prévaut la parole D’un seul dieu : l’Argent ! Ses prêtres fidèles, De leurs citadelles D’ivoire et d’acier, Où nul ne pénètre S’il n’œuvre à repaître L’autel financier, Font le monde esclave Des crises que bave...

Les petites vieilles (Charles Baudelaire)

À Victor Hugo I Dans les plis sinueux des vieilles capitales, Où tout, même l’horreur, tourne aux enchantements, Je guette, obéissant à mes humeurs fatales Des êtres singuliers, décrépits et charmants. Ces monstres disloqués furent jadis des femmes, Éponine ou Laïs ! Monstres brisés, bossus Ou tordus, aimons-les ! ce sont encor des âmes. Sous des jupons troués et sous de froids tissus Ils...

Insomnie paranoïde

Les soirs où l’opium d’Hypnos feint menacer De m’enfouir dans la ténèbre sarcophage, Mon cœur, grave tambour d’angoisse en plein naufrage, M’impulse d’avoir l’Ombre à l’œil, ou m’effacer. Le noir profond m’imprime un masque mortuaire ; Je le sens désireux de fondre mes tissus, Et je crains, m’évidant comme un pochoir diffus...

Le jour du mort

I Vous, le prostré dont le regard se brise Sur les arêtes d’un cercueil ; Pour qui le cimetière est la mer grise Où chaque stèle est un écueil ; Qui, naufragé des eaux de la tristesse, S’est isolé sur un îlot Que l’esprit a bâti dans sa détresse Sur les écumes du sanglot ; Que le deuil enveloppe, au point que l’ange, Posant son doigt sur votre exil...

Stances du cynique ou Diogène parle

Vous me flairez de loin, prudents, Craignant la morsure… Aux tartuffes, Je n’ai jamais montré les dents, Sinon pour rire de leurs truffes ! Mieux vaut pour vous garder la cour Que de risquer loin de la niche Couiner d’ouïr quel désamour Je porte au décorum caniche. Cabots du Bien, du Beau, du Vrai, Sous la doublure, quelle étoffe De fausseté je froisserai En aboyant mon...

Vénus Malouine

Guide, déesse d’émeraude, Quand me déborde le brouillard Et que l’incertitude rôde, Mon cœur perdu d’un seul regard. Berce-moi d’ondes délicates ; Laisse les vagues de ta voix Rêveuse enivrer les eaux plates De solitude que je bois. Dissipe et coule ma détresse ! Il suffira d’une caresse Pour me conduire au grand frisson Du naufragé ceint de nuages À qui se rouvre un...

Yamandu Costa & Vincent Peirani

Magnifique dialogue musical qu’ont livré au public du festival Jazz à Porquerolles édition 2018 le guitariste brésilien Yamandu Costa et l’accordéoniste français Vincent Peirani. Deux musiciens toujours à l’écoute, jamais prolixes, qui se subliment l’un l’autre, et dont la virtuosité est tout entière au service de l’excellence artistique. Énergie, délicatesse...

Fuite en avant

On voit dans la nuit noire un groupe de flambeaux Poursuivre le Destin ; quelque attelage d’âmes Que presse d’éloigner l’aurore de leurs flammes Du crépuscule des tombeaux. Tenus de vaincre l’Heure, ils traquent la seconde, Et nul épuisement fossile n’y suffit : Ils brûlent en un tour d’horloge ce que fit En millions de jours le Monde ! Pourquoi ? Parce...

La Pythie de Paul Valéry

À Pierre Louys. La Pythie, exhalant la flamme De naseaux durcis par l’encens, Haletante, ivre, hurle !… l’âme Affreuse, et les flancs mugissants ! Pâle, profondément mordue, Et la prunelle suspendue Au point le plus haut de l’horreur, Le regard qui manque à son masque S’arrache vivant à la vasque, À la fumée, à la fureur ! Sur le mur, son ombre démente Où domine un démon majeur, Parmi l’odorante...

Adieu l’Essence !

I Sous ma peau se déroule un furieux printemps Dont la sève écarlate impacte le paraître (Doit-on vivre en disgrâce avant d’avoir vingt ans ?) Et presse sans répit le Moi mûri de naître. Ma chair souffre à l’essor d’une profusion De sons trop colorés et de parfums de ruscles ; Ma faune intérieure en révolution Irrite chaque nerf et m’empourpre les muscles ! Au moindre...

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