Le Syllaboratoire

Poésie & versification : pour une nouvelle renaissance contre la tradition avant-gardiste

Dernières publications

Les petites vieilles (Charles Baudelaire)

À Victor Hugo I Dans les plis sinueux des vieilles capitales, Où tout, même l’horreur, tourne aux enchantements, Je guette, obéissant à mes humeurs fatales Des êtres singuliers, décrépits et charmants. Ces monstres disloqués furent jadis des femmes, Éponine ou Laïs ! Monstres brisés, bossus Ou tordus, aimons-les ! ce sont encor des âmes. Sous des jupons troués et sous de froids tissus Ils...

Insomnie paranoïde

Les soirs où l’opium d’Hypnos feint menacer De m’enfouir dans la ténèbre sarcophage, Mon cœur, grave tambour d’angoisse en plein naufrage, M’ordonne d’avoir l’Ombre à l’œil, ou m’effacer. Le noir profond m’imprime un masque mortuaire ; Je le sens désireux de fondre mes tissus, Et je crains, m’évidant comme un pochoir diffus...

Le jour du mort

I Vous, le prostré dont le regard se brise Sur les arêtes d’un cercueil ; Pour qui le cimetière est la mer grise Où chaque stèle est un écueil ; Qui, naufragé des eaux de la tristesse, S’est isolé sur un îlot Que l’esprit a bâti dans sa détresse Sur les écumes du sanglot ; Que le deuil enveloppe, au point que l’ange, Posant son doigt sur votre exil...

Stances du cynique ou Diogène parle

Vous me flairez de loin, prudents, Craignant la morsure… Aux tartuffes, Je n’ai jamais montré les dents, Sinon pour rire de leurs truffes ! Mieux vaut pour vous garder la cour Que de risquer loin de la niche Couiner d’ouïr quel désamour Je porte au décorum caniche. Cabots du Bien, du Beau, du Vrai, Sous la doublure, quelle étoffe De fausseté je froisserai En aboyant mon...

Vénus Malouine

Guide, déesse d’émeraude, Quand me déborde le brouillard Et que l’incertitude rôde, Mon cœur perdu d’un seul regard. Berce-moi d’ondes délicates ; Laisse les vagues de ta voix Rêveuse enivrer les eaux plates De solitude que je bois. Dissipe et coule ma détresse ! Il suffira d’une caresse Pour me conduire au grand frisson Du naufragé ceint de nuages À qui se rouvre un...

Yamandu Costa & Vincent Peirani

Magnifique dialogue musical qu’ont livré au public du festival Jazz à Porquerolles édition 2018 le guitariste brésilien Yamandu Costa et l’accordéoniste français Vincent Peirani. Deux musiciens toujours à l’écoute, jamais prolixes, qui se subliment l’un l’autre, et dont la virtuosité est tout entière au service de l’excellence artistique. Énergie, délicatesse...

Fuite en avant

On voit dans la nuit noire un groupe de flambeaux Poursuivre le Destin ; quelque attelage d’âmes Que presse d’éloigner l’aurore de leurs flammes Du crépuscule des tombeaux. Tenus de vaincre l’Heure, ils traquent la seconde, Et nul épuisement fossile n’y suffit : Ils brûlent en un tour d’horloge ce que fit En millions de jours le Monde ! Pourquoi ? Parce...

La Pythie de Paul Valéry

À Pierre Louys. La Pythie, exhalant la flamme De naseaux durcis par l’encens, Haletante, ivre, hurle !… l’âme Affreuse, et les flancs mugissants ! Pâle, profondément mordue, Et la prunelle suspendue Au point le plus haut de l’horreur, Le regard qui manque à son masque S’arrache vivant à la vasque, À la fumée, à la fureur ! Sur le mur, son ombre démente Où domine un démon majeur, Parmi l’odorante...

Adieu l’Essence !

I Sous ma peau tambourine un furieux printemps, Dont la sève écarlate impacte le paraître (Doit-on vivre en disgrâce avant d’avoir vingt ans ?) Et presse sans répit le Moi mûri de naître. Ma chair souffre à l’essor d’une profusion De sons trop colorés et de parfums de ruscles ; Ma faune intérieure en révolution Irrite chaque nerf et m’empourpre les muscles ! Au...

Chanson (n°2) de Victor Hugo

La femelle ? elle est morte. Le mâle ? un chat l’emporte Et dévore ses os. Au doux nid qui frissonne Qui reviendra ? personne. Pauvres petits oiseaux ! Le pâtre absent par fraude ! Le chien mort ! le loup rôde, Et tend ses noirs panneaux. Au bercail qui frissonne Qui veillera ? personne. Pauvres petits agneaux ! L’homme au bagne ! la mère A l’hospice ! ô misère ! Le logis tremble aux vents...

L’homme qui plantait des arbres (Giono, Back, Noiret)

D’après la nouvelle du même titre de Jean Giono publiée en 1953, avec Philippe Noiret à la narration, l’illustrateur canadien Frédéric Back réalisa en 1987 ce magnifique film d’animation qui reçut plus de quarante prix à travers le monde. Une sensible invitation à réfléchir d’autres manières d’envisager l’accomplissement personnel et la participation au bien...

Saisons Solitaires

L’automne est roux, le printemps vert, L’été rubis, l’hiver ivoire ; Mais qu’importe dans mon désert La nuit est toujours aussi noire. La feuille pleut, le fruit est prêt, La sève bout, le tronc se glace ; Mais qu’importe dans ma forêt L’âme erre toujours aussi lasse. Gémit un geai, chante un clocher, L’autan s’est tu, le vent est...

De quoi la poésie est-elle la forme ?

La poésie est de nos jours aussi protéiforme que méconnaissable, et à force de la voir en tous et partout, il est à craindre qu’elle finisse par ne plus s’incarner nulle part. Chacun l’invoque selon l’image qu’il s’en fait, et tous la nomment sans plus regarder ce qu’elle est. Soumise au miroir des fantaisies individuelles superposées, elle ne se...

Épilogue de Paul Verlaine

Paul Verlaine jeune homme, Frédéric Bazille, Huile sur toile, 1867. I Le soleil, moins ardent, luit clair au ciel moins dense. Balancés par un vent automnal et berceur, Les rosiers du jardin s’inclinent en cadence. L’atmosphère ambiante a des baisers de sœur La Nature a quitté pour cette fois son trône De splendeur, d’ironie et de sérénité : Clémente, elle descend, par l’ampleur de l’air...

L’atonalisme. Et après ? (Jérôme Ducros)

Séminaire du 20 décembre 2012 par le pianiste et compositeur Jérôme Ducros au Collège de France, sur invitation de Karol Beffa qui occupait alors la Chaire de Création artistique. Une conférence tant magistrale que salutaire, dont le propos mit en état de dissonance cognitive le petit bocal de la musique contemporaine et les gros poissons qui y conceptualisent en rond.

Oyez ! Rimailleurs !

I À croire que cet art s’exerce à coups de dés Quand usurpent son nom des rimailleurs et des Prophètes du dimanche enorgueillis d’écrire Des vers qu’eux-mêmes, comble ! ils peinent à relire ! Agitent-ils leur crâne ainsi qu’un gobelet, Toujours avec l’espoir qu’au fond du cervelet Sorte un bon numéro du mou d’incohérence ?… Quand manque le...

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