Bel aubépin (Pierre de Ronsard)

B


Bel aubépin, verdissant,
Fleurissant
Le long de ce beau rivage,
Tu es vêtu jusqu’au bas
Des longs bras
D’une lambruche sauvage.

Deux camps drillants de fourmis
Se sont mis
En garnison sous ta souche;
Et dans ton tronc mi-mangé,
Arrangé,
Les avettes ont leur couche.

Le gentil rossignolet
Nouvelet,
Avecque sa bien-aimée,
Pour ses amours alléger
Vient loger
Tous les ans en ta ramée.

Sur ta cime il fait son nid
Bien garni
De laine et de fine soie,
Où ses petits écloront,
Qui seront
De mes mains la douce proie.

Or vis, gentil aubépin,
Vis sans fin,
Vis sans que jamais tonnerre,
Ou la cognée, ou les vents,
Ou les temps
Te puissent ruer par terre.


Odes, 1550.


À propos de l'auteur

Julien Albessard

Misanthrope humaniste, atrabilaire joyeux, rêveur rationnel, insulaire sociable et enthousiaste résigné, comme tout le monde, je ne suis comme personne.

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