Amour céleste

A


Lui qui dessille en dieu vermeil
Toute paupière d’horizon,
Œil en perpétuel éveil,
Iris intensément tison,

Jamais il n’a paru si fier,
Seigneur à l’aube d’un grand jour,
De caresser d’ambre et d’or clair
Le globe-monde au bleu pourtour.

Aïeule aux rêves d’ingénue,
Nocturne soie aux charmes sages,
Laiteux miroir dans l’ombre nue
Et phare obscur du fond des âges,

Elle, la perle originale,
Joyau parmi les pierreries,
S’apprête, à l’heure virginale,
Pour la plus rare des féeries.

Lui qui, souvent, patiemment,
Retient l’illumination,
Ressent du jeune diamant
La prime scintillation !

Ah ! Qu’il est beau ce regard vif
Brillant d’orgueil impérial,
Et dont l’embrasement hâtif
Ouvre un Grand-Œuvre spatial.

Elle, promise au feu pudique,
Éteint sa robe de meringue
Dans un frémissement runique
Que seul l’initié distingue.

Elle déclenche la rencontre
Avec sa vérité frileuse,
Acquise au foyer que lui montre
Ce prince à la flamme fiévreuse,

Qui, de son trône zénithal
Au dais saphir, trésor d’azur,
Lui fait le serment sidéral
De s’aligner sur son cœur pur ;

D’être son complice loyal
Quoi que réserve l’avenir !
D’être son bouclier royal
Quand il faudra la soutenir !

Elle s’enivre à cet augure !
Proche d’unir sa haute sphère
Et de se fondre à l’envergure
Du bel impulsif aurifère,

Ce doux pendule des naissances,
Qui du cosmos pensif oscille
Entre de multiples essences,
Médaille, opale, arc ou faucille,

Dans sa rondeur pleine apparaît,
Voilant jalousement la joue
Où brille l’or d’un pleur secret ;
Sensible écrin de son bijou.

Sous cette lampe liminaire
D’où filtre un jour de rayons noirs,
On s’effare… Un tel luminaire
Sert à l’étude des grimoires !

Parmi la constellation
D’êtres muets épars au sol
S’étend la consternation,
Et tout sextant perd la boussole !

Mystérieux enchantement
Des éléments complémentaires
Qui fusionnent par l’aimant
Dans le silence des éthers…

Dans la solennité d’un sacre,
Voici la céleste alliance
Qui mêle la flamme à la nacre,
L’allégresse à la patience !

Que l’un de l’autre soit garant,
Au point qu’un pur anneau se forme,
Fait que le monstre Aldébaran
Se sent plus incomplet qu’énorme !

Devant l’accomplissement d’un
Mariage spirituel,
Voyant que le cercle certain
Scelle un lien perpétuel,

Troublé, quelque enfant télépathe
Demande à son ange adoptif
Quelle magie astrale épate
Tant son petit cœur émotif :

— Quand l’Amour boucle son ellipse,
Quel nom lui donne-t-on, sais-tu ?
— Ce baiser d’orbes, c’est l’Éclipse
Devant qui l’univers s’est tu.


À propos de l'auteur

Julien Albessard

Misanthrope humaniste, atrabilaire joyeux, rêveur rationnel, insulaire sociable et enthousiaste résigné, comme tout le monde, je ne suis comme personne.

4 Commentaires

  • Très enlevée et inspirée aussi, cette rêverie sur l’éclipse, mariage de la lune et du soleil…
    Un doute m’a cependant effleuré sur le vers 16 “Pour la plus rare des féeries”

    En effet, j’inclinais naturellement à prononcer le mot en trois pieds, ce qui eût mué votre bel octosyllabe en disgracieux ennéasyllabe (que Verlaine cependant prise… dans son “Art poétique”) Aussi me suis-je promptement repris, me disant : “l’homme doit savoir ce qu’il fait ; approfondissons donc la chose”.

    La scansion qui prévaut semble effectivement être ternaire, selon la notice consacrée au mot “féerie” par le “Wiktionnaire” (reprise ci-après)

    La prononciation \fe.e.ʁi\, seule à être décrite par le Morphalou et le Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition, est admise par le Robert. Le Larousse décrit les deux prononciations mais juge préférable de ne pas répéter le son \e\. Le Reverso décrit aussi la variante féérie. Ces deux ouvrages font de même avec féérique.

    Cette prononciation \fe.e.ʁi\ est par exemple distinctement entendue dans la première époque du film Les Enfants du paradis (1945), lors d’un dialogue entre les personnages de Frédérick Lemaître (joué par Pierre Brasseur) et du directeur du Théâtre des Funambules (interprété par Marcel Pérès).

    Cependant, je m’aperçois que la prononciation sur deux pieds est elle aussi admise, et parfaitement viable.
    Encore une chose que vous m’avez apprise ! (Parmi bien d’autres… Mais il m’en reste tant à connaître.)

    • Je vous sais gré de me partager ici les fruits de vos recherches et vérifications, qui enrichissent mes propres connaissances. Lorsqu’une question d’ordre linguistique m’agite, je me réfère en général au CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales). Pour l’entrée « féerie », les deux prononciations y sont admises ([fe(e)ʀi]).
      Jusqu’à la lecture du vers « Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais », issu du poème de Baudelaire intitulé Paysage, seule la prononciation en trois syllabes m’était familière…

      Je suis enchanté de voir que les alexandrins à l’origine de votre présence en ces lieux ne furent source, ni d’offuscation, ni de ressentiment à mon endroit. J’en profite pour préciser que mon objectif était moins de fustiger vos vers que d’en réprouver l’appréciation faite par celui les ayant relayés. Cette (très répandue) propension au dithyrambe inconsidéré et à la comparaison légère avec les plus grands poètes de notre langue est nuisible aux poètes contemporains eux-mêmes, en ce sens qu’elle entretient chez eux une certaine méconnaissance des règles de l’art, et favorise un relâchement formel dont se défier incitera justement à se rapprocher des plus remarquables versificateurs français. Ce que j’ai lu de vous ne me laisse aucun doute quant à votre capacité à composer des vers exacts. Certes, jouer à ce jeu vous fera achopper sur de nouvelles difficultés ; vous maudirez parfois les interdits de la versification classique occasionnant des sentiments de défaite et d’impuissance ; mais avec force persévérance et volonté, vous finirez par chérir cette rigueur qui vous conduira à trouver des images et tournures auxquelles vous n’aviez jamais songé — sans compter le plaisir et la fierté que l’on peut retirer de s’inscrire dans une tradition séculaire, de se savoir être un artisan honorable.

      Merci pour votre retour de lecture enthousiaste et votre commentaire instructif

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