
Ô Paresse inépuisable !
Que de fois m’as-tu conté
Comment, d’une voix de sable,
Mettre au lit la volonté.
Ma fierté s’offre à l’abîme
Quand ta douceur de serpent
Me susurre : « Aucune cime
Ne t’appelle, beau rampant. »
Je me love et fuis l’air rude
Des chantres de la hauteur.
Leur désir a l’altitude ;
Mon rêve a la profondeur.
As-tu jamais pris pour cibles
Les orgueils trop haut juchés ?
Non… De flemmes tu ne cribles
Que les cœurs déjà couchés.
J’ai failli cent fois renaître ;
Tu restaures la torpeur,
Me montrant par la fenêtre
Cent raisons d’être un dormeur.
Je te congédie en songe
Quand ton ombre me revêt.
Au réveil, je me rallonge,
Te trouvant à mon chevet…
Quand feras-tu ta valise ?
Hier commandait : « Demain ! »
Aujourd’hui me paralyse :
Mon agir gît dans ta main.
Tout otage qui te loge
Voit sa peine s’étirer,
Et ralentir son horloge,
Et le temps accélérer !
Faudra-t-il que je succombe
Chaque jour à tes appâts ?
Qu’en tes bras mous je retombe
Jusqu’à l’heure du trépas ?
Je pressens que notre histoire
Pèse au Fils du charpentier,
Et qu’il couve un purgatoire
Où me remettre en chantier…
J’ai trop pensé… ma paupière
Me réclame des répits…
Je renonce à la lumière…
Satan me prendra… Tant pis.