Insomnie paranoïde

I


Les soirs où l’opium d’Hypnos feint menacer
De m’enfouir dans la ténèbre sarcophage,
Mon cœur, grave tambour d’angoisse en plein naufrage,
M’ordonne d’avoir l’Ombre à l’œil, ou m’effacer.

Le noir profond m’imprime un masque mortuaire ;
Je le sens désireux de fondre mes tissus,
Et je crains, m’évidant comme un pochoir diffus,
Qu’il n’encre dans mes draps le spectre d’un suaire.

Quand, prunelle rougie, en anxieux hibou,
Je soupçonne la nuit de conspirer ma perte,
Défense de bâiller, dormir devient tabou !

Qu’importe un feu de sable à ma paupière alerte !
Préférant à la mort un douloureux éveil,
J’attends de rassurer mes cernes de soleil.

À propos de l'auteur

Julien Albessard

Misanthrope humaniste, atrabilaire joyeux, rêveur rationnel, insulaire sociable et enthousiaste résigné, comme tout le monde, je ne suis comme personne.

2 Commentaires

  • Sonnet irrégulier remarquablement bien construit avec parfait respect de la prosodie classique et choix des mots incomparables. Malheureusement, le sens de ce poème m’échappe quelque peu. En tout cas, bravo poète !

    • Merci beaucoup pour votre commentaire élogieux de versificateur averti. Je n’ai jamais écrit que des sonnets irréguliers, faisant sacerdoce de n’en jamais écrire de régulier ; pure posture de dandy contemporain 🙂

      Quel type de « sens » vous échappe ici ? La raison d’être ou la signification du poème ? S’il s’agit de la seconde option, peut-être est-ce localement le résultat de mon penchant pour le symbolisme d’inspiration Valéryenne — à tout le moins dans la démarche, sans que j’aie ici spécialement cherché à imprégner le propos d’hermétisme. En tout cas, n’hésitez pas à me réclamer des éclaircissements si besoin est. J’essaierai de vous répondre au mieux le cas échéant.

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